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Question au gouvernement de Jean Desessard sur EDF et le nucléaire

Crédit photo : Sénat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

M. le président. La parole est à M. Jean Desessard, à qui j'adresse tous mes vœux dans ses fonctions de président du groupe écologiste !

 

M. Jean Desessard. Je vous remercie, monsieur le président !

Ma question s'adresse à M. le ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique.

L'entreprise EDF a annoncé vouloir procéder à une augmentation de capital de 4 milliards d'euros, à laquelle l'État entend participer à hauteur de 3 milliards d'euros. Ce plan de renflouement intervient alors que la dette du groupe atteint aujourd'hui 37,5 milliards d'euros.

En complément d'une telle augmentation de capital, l'entreprise compte réduire ses dépenses d'un milliard d'euros en 2019 par rapport à 2015, céder 10 milliards d'euros d'actifs jusqu'en 2020 et réduire de 2 milliards d'euros ses investissements jusqu'en 2018.

D'un point de vue purement arithmétique, on voit bien que le compte n'y est pas et que les économies, en l'occurrence 13 milliards d'euros sur cinq ans, ne permettront pas de résorber une dette aussi colossale.

J'en viens à l'enjeu principal : le nucléaire est une énergie qui coûte de plus en plus cher à produire.

Selon une étude de Greenpeace du mois de juin 2014, le nucléaire deviendra l'énergie la plus coûteuse dès 2025, avec 133 euros le mégawattheure. C'est bien au-dessus de toutes les énergies renouvelables, dont le prix serait compris entre 60 et 120 euros le mégawattheure.

Dès lors, pourquoi s'entêter à poursuivre dans le nucléaire, alors que celui-ci ne peut manifestement pas être rentable dans un marché sur lequel le prix de vente en gros de l'électricité est passé de 40 euros le mégawattheure en 2015 à 30 euros aujourd'hui ?

Pourquoi continuer à investir massivement – je pourrais évoquer les10,5 milliards d'euros à Flamanville, les 16 à 24 milliards d'euros pour Hinkley Point ou les 51 milliards d'euros dans le grand carénage – dans une énergie qui n'est plus rentable ?

Monsieur le ministre, pourquoi l'État, qui, je le rappelle, est premier actionnaire de l'entreprise, à 85 %, n'impulse-t-il pas dès aujourd'hui un changement responsable dans les orientations stratégiques d'EDF, en mettant le cap de manière résolue vers le renouvelable et en arrêtant de promouvoir une énergie nucléaire dangereuse, dépassée et coûteuse ?

 

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique.

 

M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique. Monsieur Desessard, si l'on suivait votre raisonnement jusqu'au bout, nous n'ouvririons plus aujourd'hui que des centrales à charbon !

C'est la réalité de votre raisonnement ! En effet, aujourd'hui, l'électricité, c'est 26 euros du mégawattheure l'électricité, en raison de la baisse du coût du lignite et du charbon importé. C'est le rééquilibrage de l'économie mondiale, l'une des conséquences du gaz de schiste.

Dès lors, à l'exception du charbon importé, aucune production énergétique n'est aujourd'hui rentable au regard de ce prix !

Je crois que ce n'est pas ce que vous souhaitez !

Aujourd'hui, les énergies renouvelables ne sont pas rentables. Le nucléaire, dont le coût cash est d'environ 30 euros du mégawattheure n'est pas rentable à court terme. L'Agence régionale de l'environnement et des nouvelles énergies, l'ARENE, est à 42 euros du mégawattheure. Les autres énergies, y compris le gaz, ne sont pas rentables.

Votre raisonnement ne tient donc pas ! Nous devons avoir une politique sur le long terme pour la production énergétique – c'est la clé de notre souveraineté énergétique – et une vision plus large sur le plan environnemental.

Le nucléaire ne règle pas tout. Le Gouvernement a précisément souhaité diminuer notre dépendance à son égard, mais de manière réaliste, en respectant notre souveraineté énergétique, sans sacrifier de l'emploi, et en faisant monter en parallèle les énergies renouvelables. Encore faut-il le faire au bon rythme et en bon ordre ! C'est notre politique.

Le nucléaire est ce qui permet de maintenir notre souveraineté. Nos voisins allemands sont actuellement dépendants du gaz russe, du charbon et de beaucoup d'autres formes d'énergie. Nous avons donc besoin du nucléaire, en complément des énergies renouvelables, qui vont progressivement monter en puissance.

La stratégie du groupe EDF et, évidemment, de l'État actionnaire est de renforcer les investissements sur le parc existant, de réinvestir pour une nouvelle génération de centrales, plus sûres.

 

M. le président. Il faut conclure.

 

M. Emmanuel Macron, ministre. Nous voulons aussi investir dans le renouvelable, qui va monter en capacité, à côté des sources d'énergie traditionnelles. Nous le faisons, là aussi, en bon ordre, le nucléaire est aujourd'hui au cœur de notre souveraineté énergétique.

 

M. le président. Concluez, monsieur le ministre !

 

M. Emmanuel Macron, ministre. Il ne s'agit pas simplement de faire des déclarations d'amour au nucléaire ou de le conspuer. Il faut agir de manière organisée, comme nous le faisons, avec une vraie stratégie de refonte de la filière.

 

 

-Seul le prononcé fait foi-

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