Accueil Actualité Projet de loi « Montagne », Jean Desessard : Le texte est globalement satisfaisant, mais, trop souvent, l’écologie y est traitée comme un sujet annexe, presque négligeable, alors qu’elle devrait être au cœur des politiques d’aménagement du territoire

Projet de loi « Montagne », Jean Desessard : Le texte est globalement satisfaisant, mais, trop souvent, l’écologie y est traitée comme un sujet annexe, presque négligeable, alors qu’elle devrait être au cœur des politiques d’aménagement du territoire

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Madame la présidente,
monsieur le ministre,
monsieur le rapporteur,
chers collègues,

je constate que, pour l'examen de ce dernier texte de l'année, les montagnards sont là… (Sourires)

Lors de la première lecture, mon collègue Ronan Dantec avait indiqué que, malgré quelques points dérangeants, le texte est globalement satisfaisant dans son économie générale. Il en va de même pour la rédaction adoptée par la commission mixte paritaire.

Le texte qui nous est soumis comporte aussi plusieurs dispositions que nous désapprouvons, mais la logique d'ensemble à laquelle nous avions souscrit est respectée : il s'agit de répondre aux spécificités et aux difficultés des zones de montagne via une adaptation des politiques publiques et la mise en place d'outils appropriés.

Le groupe écologiste se réjouit particulièrement que la commission mixte paritaire ait maintenu la suppression de l'article 9 septies, votée par le Sénat. Il était en effet scandaleux de revenir sur deux acquis de la loi Abeille relative à l'exposition aux ondes électromagnétiques en restreignant l'information des élus locaux et en limitant les possibilités de recours à la médiation, qui plus est sur l'ensemble du territoire, pas simplement dans les zones de montagne. Cet article allait donc bien au-delà du champ du texte et confinait au cavalier législatif. En confirmant sa suppression, la commission mixte paritaire a fait prévaloir la cohérence du projet de loi.
Malheureusement, le lobbying des opérateurs téléphoniques aura porté ses fruits sur deux autres points.

En ce qui concerne les zones blanches, nous regrettons que la commission mixte paritaire soit revenue sur une définition qui, plus claire, aurait de fait fixé des obligations contraignantes et concrètes pour les opérateurs.

Nous regrettons aussi que la commission mixte paritaire soit revenue sur l'adoption par le Sénat d'un amendement relatif à la mutualisation des antennes.

Il est également décevant que la commission mixte paritaire ait confirmé la suppression de la possibilité d'instaurer des zones de tranquillité dans les parcs nationaux.

Le compromis qui avait été trouvé à l'Assemblée nationale, par le biais de la suppression de cette possibilité dans les parcs naturels régionaux, était intéressant et constituait un premier pas en faveur de l'instauration de ces zones qui visent, je le rappelle, non pas, comme cela a été dit, à mettre des territoires sous cloche, mais à y concilier les usages.

Un autre sujet est particulièrement source d'inquiétudes pour notre groupe : l'article 27 du projet de loi, maintenu par la CMP dans la rédaction adoptée par le Sénat, vise notamment à confier à la société par actions simplifiée Tunnel euralpin Lyon Turin des prérogatives en matière d'expropriation, pour lui permettre de mener à bien les travaux de réalisation de cette liaison ferroviaire.

Sur la méthode, tout d'abord, il n'est pas sain qu'un sujet aux implications aussi importantes en termes d'environnement, de finances publiques et de prérogatives régaliennes soit abordé au travers d'un simple amendement, qui est plus est de dernière minute, déposé si tardivement que la commission n'a pas eu le temps de l'examiner. Procéder de la sorte n'est certainement pas conforme à ce que l'on peut attendre d'une démocratie mature, où le Parlement doit avoir le temps d'exercer pleinement et posément ses prérogatives.

Sur le fond, cette disposition suscite notre méfiance et notre désaccord, en particulier parce qu'elle consiste à confier des prérogatives d'expropriation, donc exorbitantes du droit commun, à une société qui reste de droit privé, fût-elle financée sur fonds publics de deux États. Comme je l'ai déjà souligné en séance, ce procédé atteste que de nombreuses expropriations sont envisagées et que ce projet fait donc l'objet de beaucoup d'oppositions. Dès lors, est-il vraiment sage de procéder de la sorte ?

De plus, l'impact environnemental de ce projet et le peu d'attention prêtée à des solutions alternatives nous amènent à le désapprouver, qui témoigne, à mon sens, d'une focalisation excessive sur la grande vitesse ferroviaire.

Vous l'aurez compris, plusieurs points suscitent notre désapprobation. Le texte est globalement satisfaisant, mais, trop souvent, l'écologie y est traitée comme un sujet annexe, presque négligeable, alors qu'elle devrait être au cœur des politiques d'aménagement du territoire. Malheureusement, l'antienne selon laquelle « l'écologie, ça suffit ! » résonne encore…

Compte tenu de ces réserves, la majorité du groupe écologiste s'abstiendra sur ce texte. Nous aurions pourtant aimé le voter, car il apporte des réponses, certes perfectibles, mais bien réelles, aux enjeux des territoires de montagne.
 
 
- Seul le prononcé fait foi -
 
 

Loi_Montagne_Jean_Desessard_21_12_2016 par EcoloSenat
 
 
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