Accueil Actualité « Ni dans la défiance ni dans la méfiance, mais dans la vigilance et l’exigence, au seuil d’une confiance qui ne demande qu’à être totale et enthousiaste. »

« Ni dans la défiance ni dans la méfiance, mais dans la vigilance et l’exigence, au seuil d’une confiance qui ne demande qu’à être totale et enthousiaste. »

Réponse au discours de politique générale du Premier Ministre

- Jean-Vincent Placé -

Président du Groupe écologiste

Mercredi 9 avril 2014

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mes chers collègues,

Ensemble, nous avons tourné la page Sarkozy.

Ensemble, nous avons porté de belles lois : mariage pour tous, Alur, fin du cumul des mandats...

Je mesure la portée de ces avancées, n'en doutez pas.

Mais ensemble, nous avons eu de nombreux différends - je n'ai jamais manqué de le dire depuis des mois.

Et ensemble, nous n'avons pas (encore) écrit la page que l'on attendait de nous.

Celle du grand changement, écologique, social, démocratique de notre société. Celle qui nous fera dire qu'il y a eu un « avant » et un « après ».

Prétendre redresser les comptes publics était louable - ça l'est toujours, naturellement.

Seulement, le remède employé était pire que le mal.

Asphyxiées par la réduction drastique des commandes publiques, nos entreprises françaises ne peuvent soutenir la croissance que l'on attend d'elles.

La rigueur ordonne des sacrifices, et que chacun prenne sa part.

Mais certains n'ont plus rien à offrir.

Quand d'autres s'alarment de voir leurs efforts s'évaporer dans un ralentissement économique hélas prévisible.

Nous l'avons dit, répété, crié au gouvernement sortant.

ANI, CICE, TSCG, autant d'acronymes cruels qui pavaient l'enfer dans lequel vivent aujourd'hui trop de nos concitoyens.

Nous n'avons pas été entendus.

J'ai même, avec le soutien de mon groupe, refusé de voter le budget 2014, ce qu'aucun président de groupe parlementaire de la majorité n'avait fait dans l'histoire de la Ve République !

Nous n'avons pas été entendus.

Les Françaises et les Français ont joint leurs voix pour protester contre ces mesures, soit en boudant les urnes, soit en soutenant nos analyses.

Eux non plus, n'ont pas été entendus.

Car le discours du Président de la République a esquissé des lignes qui nourrissent toutes nos craintes.

Voulant tenir fermement la barre dans la tourmente, notre capitaine semble ne pas voir qu'il nous enfonce davantage dans la tempête.

Les promesses de changement étaient pourtant belles...

Aussi, Monsieur le Premier Ministre, comprendrez-vous dans ces conditions que nos Ministres avaient peu d'alternatives et que les écologistes ont pris, en conscience, la décision de préférer - comme en amour ! - aux mots les actes.

Vous comprendrez que nous avons notre propre cap.

Notre cap, quel est-il ?

Il se fixe par les trois priorités de l'urgence écologique de notre époque.

Le productivisme, voilà l'ennemi !

Votre adversaire, le nôtre, Monsieur le Premier Ministre, n'a pas de nom, pas de visage.

C'est celui qui transforme en poison l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons et tout ce que nous mangeons.

C'est celui qui épuise nos ressources naturelles, nos biens communs, hypothèque notre avenir, pour en tirer un bénéfice de court terme.

L'ennemi, c'est cet égoïsme cupide, cette nouvelle barbarie qui épuise les femmes, les hommes, la nature, fait disparaître de la surface de la Terre en quelques années, quelques mois parfois, des organismes vivant depuis des milliers, voire des millions d'années.

Il n'y a point de prophètes dans l'histoire des écologistes, seulement des esprits trop clairvoyants, qui parfois auraient aimé se tromper.

L'être humain est devenu un locataire dangereux sur cette planète.

Dangereux pour toutes les espèces, y compris la sienne.

 

La Conférence sur le Climat se tiendra bientôt à Paris ; elle devra être la démonstration de notre capacité à faire progresser ce combat, dans les consciences comme dans les faits.

De notre capacité à réparer notre environnement.

Le choc environnemental n'est plus une chimère.

Les réfugiés climatiques existent. Ils quittent leurs terres privées de pluie et donc de récoltes, à la recherche d'un espoir.

Des ingénieurs créent des robots pour remplacer les abeilles dans la pollinisation des plantes. Et des apprentis sorciers réfléchissent à changer le climat en bombardant le ciel.

Il faut agir, et vite.

L'autre priorité, qui découle de la première, c'est notre économie. L'épuisement des ressources est une règle économique mondiale qui existe de longue date, mais elle n'a jamais été aussi violente.

C'est elle qui détermine désormais les vainqueurs des vaincus, ceux qui emprunteront les chemins du rebond et de la relance, et les Etats qui s'enfermeront dans la spirale de l'échec.

L'heure est aux choix.

Osez faire renaître un Etat stratège !

Ou vous serez condamné à faire de fausses promesses aux salariés des secteurs moribonds.

Créer un champion des énergies renouvelables, annonce faite par le Président de la République en janvier, est un bon signal.

Est-ce qu'il sera suivi d'effet ?

Les économies d'énergie, vivier d'emploi formidableferont-elles partie de ce chantier ?

Naturellement, les investissements pour traduire dans les faits un changement de cap réel nécessitera des moyens. Des moyens importants. Laissez-nous vous suggérer quelques pistes.

J'ai été Vice-Président de la Région Ile-de-France en charge des transports et j'ai constaté que la fortune que possédait notre pays hier continuait de nourrir la démesure de certains élus aujourd'hui.

Cessons de dilapider des millions dans les études pour ces « grands projets inutiles ». Oublions-les.

Qu'il s'agisse de lignes à grande vitesse ou d'aéroports. Vous voulez faire des économies sur la sécurité sociale ?

Intervenez sur le prix des médicaments ! Et renoncez à confier les deniers publics à une quelconque « main invisible » censée faire des prodiges.

Notre troisième et ultime priorité, c'est le ciment de notre société – la République.

Exemplarité, sobriété, parité, diversité, non-cumul des mandats : cela aura pris deux ans pour moraliser et apaiser la vie politique.

Mais ce n'est pas seulement de cela dont il s'agit. Lorsque les peuples souffrent, « l'apartheid social » se renforce et se fait davantage sentir.

Vivre ensemble, réussir ensemble : tel doit être le mot d'ordre qui doit guider notre action, dans l'éducation, dans les politiques de solidarité, de promotion de la diversité, de lutte contre les inégalités, sous toutes ses formes.

Vous avez cité la fin de vie dans la dignité, c'est un sujet qui nous préoccupe également, pleinement, sur tous les bancs de notre hémicycle.

Enfin, notre époque appelle de « Nouvelles Lumières ».

Osons le pouvoir législatif pour les collectivités territoriales !

Osons la proportionnelle et le renforcement du contrôle démocratique du Parlement !

Osons des communautés et des régions puissantes, au cœur d'une Europe qui attend qu'elles se fassent leur place !

Une Europe, mais pas celle d'aujourd'hui !

Pas celle du traité transatlantique, qui entend supprimer la capacité de notre peuple à défendre des exigences environnementales, sociales, sanitaires.

Une Europe qui protège les peuples, qui protège les droits, qui protège l'environnement.

Ce cap, vous le connaissiez et vous avez fait de nombreuses propositions dans ce sens : rendre à l'écologie l'importance qu'elle méritait, engager vraiment la transition énergétique, avancer sur la décentralisation ou encore mettre en œuvre la proportionnelle.

La réforme des collectivités que vous avancez bénéficiera de notre soutien vigilant, en particulier sur la suppression des conseils généraux.

Combien de fois nous a-t-on traités de dogmatiques sur ce sujet, mais nous avons tenu bon et vous nous donnez aujourd'hui raison.

Vous qui connaissez notre attachement profond au parlementarisme, vous avez avancé des pistes pour une méthode totalement renouvelée.

Fin des textes ficelés à l'avance, mise en place de groupes de travail, davantage d'écoute sur le travail d'amendements des assemblées ; ces garanties de nous associer aux décisions ont été particulièrement bien reçues à un moment où les écologistes concentrent toutes leurs forces sur le pouvoir législatif.

Je vois dans ces pas vers nous l'amorce d'une orientation différentesur la forme comme sur le fond, de ce qui fut au cœur de l'action de ces derniers mois.

La distance que nous avons prise sera-t-elle provisoire ? C'est vous qui pourrez le dire. Tout dépend du gouvernement que vous serez.

Serez-vous le gouvernement de la transition énergétique, la vraie, celle qui créera les emplois que nos concitoyens attendent, celle qui luttera contre le dérèglement climatique, cette gigantesque épée de Damoclès ?

Ou serez-vous le gouvernement qui continue de dilapider plus de trois milliards d'euros par an sur le nucléaire militaire au lieu de les mettre sur la santé, l'agriculture saine, les transports publics ?

Serez-vous le gouvernement de l'inertie ou du communautarisme économique, qui écoute pigeons et bonnets rouges ? Ou serez-vous le gouvernement qui écrira une nouvelle page dans l'histoire de l'industrie française ? Une page écrite en vert.

La question, Monsieur le Premier Ministre, peut se résumer ainsi : serons-nous les témoins d'un déclin français ou les acteurs du réveil de la confiance d'un peuple ?

A vous d'en décider. Un grand Premier Ministre a dit un jour, lors d'un discours de politique générale, que l'espoir pouvait renaître si le discours et l'action étaient réconciliés.

C'était en 1988 et il s'appelait Michel Rocard.

Monsieur le Premier Ministre, vous n'aurez de notre part ni blanc-seing, ni procès d'intention. Ni carton rouge, ni carte blanche.

Nous ne verrons que les actes et les faits. Aussi, faites mentir nos inquiétudes, faites taire les esprits chagrins.

Osez ce nouveau contrat écologique et social.

Osez ces grandes réformes.

 

 

Elles vous permettront de retrouver la confiance entamée des écologistes. Et surtout la confiance d'un peuple qui, comme nous écologistes, n'est pas dans la défiance ni dans la méfiance,

mais clairement dans la vigilance et dans l'exigenceau seuil d'une confiance qui ne demande qu'à être totale et enthousiaste !

Je vous remercie.