Accueil Travaux parlementaires Immigration Migrants de Calais. « Quelle stratégie autre que le harcèlement le Gouvernement va-t-il mettre en place pour accueillir dignement ces gens de passage et tirer vers le haut l’opinion en France, afin que nous soyons tous fiers de notre République ? »

Migrants de Calais. « Quelle stratégie autre que le harcèlement le Gouvernement va-t-il mettre en place pour accueillir dignement ces gens de passage et tirer vers le haut l’opinion en France, afin que nous soyons tous fiers de notre République ? »

Question d'actualité au gouvernement

Les migrants de Calais

Marie-Christine Blandin 

 

Mme Marie-Christine Blandin. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur et porte sur les intentions humanitaires, sécuritaires, médiatiques, nationales, européennes du Gouvernement pour les étrangers qui passent sur le territoire du littoral autour de Calais.

Au mois de décembre 2002 a été détruit le site d'hébergement de Sangatte. Le ministre de l'intérieur était Nicolas Sarkozy, mais convergeaient les demandes du député socialiste de Boulogne-sur-Mer et du maire communiste de Calais. Les difficultés réelles et la peur du prétendu « appel d'air » créaient un consensus bancal, sans effet autre que l'éparpillement dans un no man's land nommé « la jungle », les accidents sur les routes, les tentatives désespérées et mortelles sous les boggies, dans les camions frigorifiques ou sous les caténaires.

Au mois de septembre 2009, la jungle fut rasée. Au mois de mai 2014, le site du port servant de refuge fut évacué au motif d'une épidémie de gale. La gale demande des soins si longs que même des sédentaires nantis peinent à s'en débarrasser. Comment croire à l'alibi d'une douche ?

Au début du mois de juillet 2014, c'était l'expulsion de plus de 600 migrants dans des conditions ignorant les demandes formulées par la Cour européenne des droits de l'homme.

Ils sont des centaines. Ils sont épuisés, hagards. Ils ne se résument pas à la misère du monde, car les plus miséreux sont restés sur les zones de famines et de conflits. Beaucoup sont très diplômés.

Il y a dans leurs yeux la même lassitude inquiète que dans le regard de nos grands-parents pendant l'évacuation.

Il y a dans leur corps la même énergie que dans les muscles de ceux qui franchissaient les Alpes pour abriter leur famille de la terreur de Mussolini.

Il y a dans leur tête le même espoir que dans le cerveau de Bertolt Brecht, de Max Ernst ou Thomas Mann se tournant vers un monde libre.

Nos choix diplomatiques, nos ventes d'armes, nos consommations énergétiques, ne sont pas la cause de leurs malheurs, mais participent d'un état du monde où certains sont en danger.

Quelle stratégie autre que le harcèlement le Gouvernement va-t-il mettre en place pour accueillir dignement ces gens de passage et tirer vers le haut l'opinion en France, afin que nous soyons tous fiers de notre République ? (Applaudissements sur les travées du groupe écologiste et du groupe CRC, ainsi que sur quelques travées du groupe socialiste. – M. François Fortassin applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement.

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement. Madame la sénatrice, vous l'avez souligné : la présence continue à Calais de migrants tentant de rejoindre le Royaume-Uni, parfois au péril de leur vie, n'est pas une nouveauté. Tous les gouvernements y sont confrontés ou y ont été confrontés. Les démantèlements de filières d'immigration clandestine de même que des éloignements se poursuivent. Le centre-ville de Calais est sécurisé depuis 2013. Des actions de soutien humanitaire à ces migrants sont aussi menées avec la mise en place d'accès à des douches et la distribution de repas.

La situation des migrants dans le Calaisis s'est toutefois aggravée depuis quelques semaines, du fait de l'arrivée de certaines filières en provenance notamment de la corne de l'Afrique qui cherchent, encore une fois, à gagner le Royaume-Uni. Avec l'accord des autorités locales et en exécution des décisions de justice, ces campements ont été évacués.

Je précise qu'auparavant des solutions avaient été proposées à tous les migrants. Des solutions d'hébergement ont ainsi été mises en place, certes à l'extérieur de Calais, mais aussi plus d'une centaine de migrants ont pu effectuer une demande d'asile. Les personnes mineures ou vulnérables ont par ailleurs systématiquement été hébergées.

L'État a donc pris ses responsabilités, avec l'accord des élus locaux concernés, dans le respect des droits des migrants. Il a assuré l'hébergement et le suivi des migrants qui le souhaitaient.

La prise en charge des migrants présents à Calais est complexe, parce qu'il s'agit d'étrangers en situation régulière qui cherchent à rejoindre le Royaume-Uni et qui, de ce fait, refusent la plupart des propositions qui leur sont faites par les autorités françaises.

L'expérience le démontre : la pire des solutions consiste à assurer un hébergement inconditionnel à ces migrants. Ces lieux d'hébergement constituent alors un formidable point de convergence pour toutes les filières d'immigration clandestine. De ce point de vue, vous vous en souvenez, Sangatte a été une erreur que nous n'entendons pas renouveler.

La gestion des flux migratoires dans le Calaisis implique de notre point de vue cinq exigences : une lutte sans relâche contre les filières d'immigration clandestine, une réponse immédiate aux situations d'urgence humanitaire et sanitaire, une sécurisation de Calais et de son port pour éviter des drames humains, le respect des décisions de justice, la mise en place de solutions d'hébergement et d'asile pour les migrants.

Ces règles guident l'action quotidienne de l'État. Elles n'excluent pas, bien au contraire, une réflexion plus en profondeur avec l'ensemble des parties concernées, singulièrement les autorités britanniques, notamment pour dégager des solutions de moyen terme.