Accueil Travaux parlementaires Santé « De l’amiante au Mediator, nous tirons les leçons. »

« De l’amiante au Mediator, nous tirons les leçons. »

PROPOSITION DE LOI
RELATIVE À LA CRÉATION DE LA HAUTE AUTORITÉ DE L'EXPERTISE SCIENTIFIQUE ET DE L'ALERTE EN MATIÈRE DE SANTÉ ET D'ENVIRONNEMENT

Marie-Christine Blandin

Dossier législatif

 

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, chacun sait la nécessité de disposer d'une expertise indépendante, la dernière décennie ayant montré combien le fait de négliger, voire d'intimider, les lanceurs d'alerte peut avoir un coût sanitaire, humain et financier considérable.

De l'amiante au Mediator, nous tirons les leçons. D'ailleurs, sur tous les scandales sanitaires, par ses rapports émanant des missions d'information et des commissions d'enquête, le Sénat a été exemplaire, exigeant et consensuel. Les constats ainsi établis ont motivé la proposition de loi relative à l'indépendance de l'expertise en matière de santé et d'environnement et à la protection des lanceurs d'alerte que j'avais eu l'honneur de vous proposer en octobre dernier, mes chers collègues. Avec la deuxième lecture de ce texte, nous sommes aujourd'hui conduits à concrétiser les préconisations issues de ces travaux.

Nous avions déjà écouté les arguments avancés par les personnes initialement réticentes et apporté quelques modifications au texte, sous la plume du rapporteur Ronan Dantec et sous la houlette du président de la commission du développement durable, que je remercie tous deux. L'Assemblée nationale en a fait de même grâce au travail des députés Marie-Line Reynaud et Jean-Louis Roumegas, pour parvenir à un texte qui me semble équilibré et cohérent.

En dépit du consensus qui nous a réunis sur les fondements mêmes de la proposition de loi, nous avons dû lever de nombreux obstacles : crainte de dépenses supplémentaires, spectre de l'usine à gaz, confusion entre instance de déontologie et officine de contre-expertise, difficultés pour les entreprises. Les explications ne furent pas superflues, et chacun a pu, me semble-t-il, trouver réponse à ses objections.

Par ailleurs, nous avons été confrontés à une autre difficulté. L'initiative parlementaire, que nous appelons tous de nos vœux, peut vite devenir un chemin semé d'embûches si le texte relève des domaines de compétences de plusieurs ministres. Ce fut le cas avec cette proposition de loi, qui concerne, entre autres, la recherche, la santé, le travail et l'environnement. Le Gouvernement a fini par répondre d'une seule voix, et je vous remercie tout particulièrement, madame la ministre, ainsi que votre collègue Michel Sapin, d'avoir su écouter et comprendre les demandes des parlementaires.

Hormis les avancées qu'il permet d'enregistrer en matière de santé et d'environnement, ce texte est, me semble-t-il, l'aboutissement du bon fonctionnement de notre démocratie.

Parmi les progrès apportés par l'Assemblée nationale, je me félicite de voir placé en exergue de la proposition de loi l'article 1er A, qui définit l'alerte et les lanceurs d'alerte.

Par ailleurs, l'Assemblée nationale a souhaité que la future Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d'environnement puisse être saisie par un ordre professionnel. Le Sénat n'y avait pas songé, et il me semble que cette source est un plus pour le bon fonctionnement de cette commission qui, comme l'a souligné Mme la ministre dans son intervention liminaire, œuvrera à moyens constants dans le cadre du Comité de la prévention et de la précaution élargi, avec l'appui des inspecteurs généraux.

Au demeurant, les députés ont souhaité distinguer le droit d'alerte en matière sanitaire et environnementale du droit d'alerte accordé aux salariés dans les entreprises, droits qui ne peuvent s'exercer de la même manière et dans les mêmes conditions. Cette clarification, qui ne bouleverse pas nos intentions initiales, devrait être de nature à rassurer notre collègue Jean Bizet.

M. Jean Bizet. Il en faudra davantage !

Mme Marie-Christine Blandin. Quel dommage !

Ce texte permet de tirer les leçons des scandales sanitaires passés, en donnant une écoute à l'expertise d'usage des victimes ou des professionnels, dont la vigilance au plus près du terrain est salutaire pour les chercheurs.

Loin d'opposer société civile et agences de sécurité sanitaire, ce dispositif permet à l'une de faire valoir les dysfonctionnements ou les faibles signaux et aux autres de procéder plus tôt à des expertises. La défiance grandissante qui touche notre appareil de recherche, la seule recherche du scandale médiatique ne sont pas des outils démocratiques apaisés.

À l'émotion et au procès d'intention, nous préférons la science et la raison. C'est un protocole rationnel que nous appelons de nos vœux, en inscrivant dans la loi le principe d'indépendance ainsi que la protection des messages extérieurs et des auteurs de bonne foi.

Mes chers collègues, la crise rend difficile l'action publique : nombre de nos aspirations sont étouffées par le manque de moyens. Cette modeste proposition – j'emploie cet adjectif dans la mesure où elle a été modérée, « déradicalisée » – peut être gage de démocratie, de santé et d'environnement mieux protégés, de souffrances évitées et d'économies. À cet égard, je vous rappelle que 2 milliards d'euros ont été versés par le FIVA, le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante, et que 2 milliards d'euros ont aussi été dépensés pour le Mediator.

Aussi, je compte sur vous, mes chers collègues, pour donner aujourd'hui votre accord définitif sur ce texte.(Applaudissements sur les travées du groupe écologiste, du groupe socialiste et du groupe CRC, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)